« Le Bitcoin consomme autant qu’un pays. » La phrase est vraie à l’échelle du réseau, et elle ne dit rien d’une Bitaxe posée sur un bureau. L’inverse est aussi trompeur : répéter qu’un petit mineur « ne consomme rien » évite de regarder ce qu’il consomme vraiment, et ce qu’il produit en échange. Voici les chiffres, les bons comme les moins flatteurs, pour un home miner en France fin septembre 2026.
Le réseau : un ordre de grandeur, pas un chiffre exact
Personne ne mesure directement la consommation du réseau Bitcoin. On l’estime à partir du hashrate et d’une hypothèse sur l’efficacité moyenne des machines en service. Fin septembre 2026, le hashrate tourne autour de 950 EH/s (moyenne sur 7 jours, mempool.space). Avec un parc moyen entre 17 et 20 J/TH, on obtient une puissance de 16 à 19 GW en continu, soit environ 140 à 170 TWh par an.
C’est cohérent avec les travaux de l’université de Cambridge (indice CBECI), qui situait l’estimation centrale à 138 TWh en avril 2025, avec un hashrate plus faible qu’aujourd’hui. Le chiffre est grand, il mérite d’être discuté, et il ne concerne quasiment que des fermes industrielles.
La part des home miners : quelques millièmes de pourcent
Le repère le plus parlant est Solo CKPool, le pool solo le plus utilisé par les petits mineurs. Fin septembre 2026, il rassemble environ 23 000 utilisateurs pour un hashrate moyen de 145 PH/s sur 7 jours. Rapporté aux 950 EH/s du réseau, cela fait 0,015 %. Et une partie de ce hashrate vient de machines industrielles ou de location, pas de Bitaxe.
Même en supposant 100 000 Bitaxe Gamma en service dans le monde, on arriverait à 120 PH/s et à moins de 2 MW, l’équivalent d’une petite installation industrielle. Le débat énergétique sur Bitcoin porte sur les fermes, pas sur le matériel de bureau.
Ce que consomme vraiment chaque machine
Puissances mesurées à la prise (l’interface des mineurs sous-estime de 15 à 20 %, voir la consommation réelle d’un Bitaxe), en fonctionnement 24 h/24 :
| Machine | Hashrate | Puissance | Énergie/an | Rendement |
|---|---|---|---|---|
| NerdMiner V2 | ≈ 50 kH/s | ≈ 1 W | ≈ 9 kWh | sans objet |
| Bitaxe Gamma | ≈ 1,2 TH/s | ≈ 18 W | ≈ 158 kWh | ≈ 15 J/TH |
| NerdQAxe++ | ≈ 4,8 TH/s | ≈ 80 W | ≈ 700 kWh | ≈ 16 J/TH |
| Antminer S21 Pro (industriel) | 234 TH/s | ≈ 3 500 W | ≈ 30 700 kWh | ≈ 15 J/TH |
Pour situer : l’ADEME et l’Arcep estiment qu’une box internet consomme de l’ordre de 80 à 100 kWh par an. Une Bitaxe Gamma consomme donc plus qu’une box, pas moins comme on le lit souvent. Un NerdQAxe++ consomme environ 700 kWh par an, ce qui n’a plus rien d’anecdotique dans un budget électrique.
Par hash, une Bitaxe n’est pas plus verte qu’une ferme
C’est le point qu’on oublie. La Bitaxe Gamma utilise la même puce BM1370 que l’Antminer S21 Pro, avec un rendement voisin : environ 15 J/TH. Pour produire la même quantité de travail, elle consomme la même énergie qu’une machine industrielle. Le home mining n’est pas une manière « propre » de miner, c’est une manière petite.
Le NerdMiner est le cas extrême dans l’autre sens. Il consomme 1 W, mais son microcontrôleur est environ un million de fois moins efficace par hash qu’un ASIC (50 kH/s pour 1 W, contre 1,2 TH/s pour 18 W). Son temps moyen pour trouver un bloc se compte en centaines de milliards d’années. C’est un objet pédagogique, et son impact énergétique est négligeable parce qu’il ne fait presque rien.
Le carbone en France : bas, mais pas nul
D’après le bilan électrique 2025 de RTE, la production d’électricité française a émis 19,6 g de CO2e par kWh en 2025, et 29 g en incluant le cycle de vie des installations. Plus de 95 % de la production était bas carbone. La moyenne européenne (UE, Suisse, Norvège, Royaume-Uni) était de 175 g.
Sur cette base (29 g/kWh en cycle de vie), une Bitaxe Gamma émet environ 4,6 kg de CO2e par an, un NerdQAxe++ environ 20 kg. Deux réserves à garder en tête :
- c’est une moyenne annuelle. Un kWh consommé un soir de pointe en hiver, quand les centrales à gaz et les importations complètent le parc, est nettement plus carboné. Un mineur qui tourne 24 h/24 consomme aussi à ces moments-là (couper aux heures pleines des jours rouges Tempo réduit un peu cette part, voir le calcul heures creuses) ;
- ce chiffre ne compte que l’électricité. La fabrication de la carte, de la puce, de l’alimentation et du ventilateur a son propre coût environnemental, que je n’ai pas trouvé chiffré de façon fiable pour ces appareils.
La fabrication et la fin de vie
Pour un appareil qui consomme peu, la part de l’impact liée à la fabrication pèse proportionnellement plus lourd. Deux leviers réels existent. Le matériel open-source (plans et firmware publiés, pièces standard) se répare : un ventilateur ou une alimentation se remplace sans jeter la carte. Et une Bitaxe se revend. Elle garde une valeur d’usage tant que sa puce reste compétitive en J/TH, ce qui n’est pas le cas d’un gadget sans suite.
Le vrai gaspillage, c’est la machine achetée sur un coup de tête, débranchée au bout de trois mois et laissée dans un tiroir. Si vous vous lancez, mieux vaut une seule machine que vous faites tourner longtemps que plusieurs que vous abandonnez.
Et la décentralisation ?
C’est l’argument non financier le plus solide du home mining, à condition de ne pas le gonfler. Quelques milliers de Bitaxe ne pèsent rien face aux grands pools. Leur intérêt est ailleurs : un mineur qui fait tourner son propre pool solo sur son nœud (Public Pool sur Umbrel ou Start9, par exemple) construit lui-même le modèle de ses blocs, au lieu de laisser ce choix à une poignée de grands pools. Le mouvement OSMU est né de cette idée, et Stratum V2, désormais pris en charge par les Bitaxe, va dans le même sens.
Est-ce que ça justifie 150 kWh par an ? C’est à chacun d’en juger. Je trouve la question plus honnête que les deux réponses toutes faites, « ça ne consomme rien » et « c’est un gaspillage ».
Mon bilan
Une Bitaxe en France, c’est environ 150 kWh et quelques kilos de CO2e par an. C’est peu à l’échelle d’un foyer, plus qu’une box internet, et autant d’énergie par hash qu’une ferme industrielle. Le solo mining domestique ne pèse rien dans la consommation du réseau, et il ne le rend pas plus vert non plus. Si vous minez, faites-le parce que l’expérience vous intéresse, avec une machine que vous garderez, et en connaissant les vraies contraintes du minage à domicile.
Questions fréquentes
Le solo mining est-il mauvais pour l’environnement ?
À l’échelle d’une machine domestique, l’impact est faible : environ 150 kWh et 4,6 kg de CO2e par an pour une Bitaxe Gamma en France. Par hash produit, en revanche, une Bitaxe consomme autant qu’une machine industrielle.
Combien consomme le réseau Bitcoin ?
De l’ordre de 140 à 170 TWh par an fin 2026, selon un calcul à partir du hashrate (environ 950 EH/s) et d’un rendement moyen de 17 à 20 J/TH. Cambridge estimait 138 TWh en avril 2025. Ce ne sont que des estimations.
Miner en France est-il moins polluant qu’ailleurs ?
Oui en moyenne : 19,6 g de CO2e par kWh produit en 2025 selon RTE (29 g en cycle de vie), contre 175 g en moyenne européenne. Les heures de pointe d’hiver restent plus carbonées que cette moyenne.
Un petit mineur peut-il chauffer une pièce ?
Non. Sous 100 W, la chaleur dégagée est négligeable : il faut plusieurs centaines de watts pour chauffer une pièce de 15 m². Ce n’est pas un argument pour une Bitaxe ou un NerdQAxe++.



