Un mineur seul contre des entrepôts entiers de machines industrielles. Des probabilités proches de zéro. Et pourtant, en 2024 et 2025, des dizaines de personnes depuis leur salon ont trouvé un bloc et empoché l’équivalent de 200 000 à 370 000 dollars d’un coup. Le solo mining Bitcoin, c’est ça : une loterie où le ticket coûte 50 €, l’électricité de quelques ampoules, et où le jackpot existe vraiment.
Mais avant de brancher quoi que ce soit, il faut comprendre ce que c’est réellement — et ce que ce n’est pas.
Le mining Bitcoin en deux mots
Le réseau Bitcoin fonctionne grâce à des mineurs. Leur rôle : valider les transactions et les regrouper dans des blocs, ajoutés les uns après les autres à la blockchain. Pour ajouter un bloc, il faut résoudre un problème cryptographique — un calcul de hachage SHA-256 que seule la force brute permet de résoudre. Pas d’astuce, pas de raccourci. Juste des tentatives en rafale jusqu’à trouver la bonne réponse.
Le premier mineur à trouver la solution empoche la récompense : actuellement 3,125 BTC par bloc, plus les frais de transaction inclus dans ce bloc. Un bloc est trouvé toutes les dix minutes environ, par n’importe qui sur le réseau.
Pool mining vs solo mining
La grande majorité des mineurs travaillent en pool. Le principe : mettre en commun la puissance de calcul de milliers de machines pour augmenter la fréquence des blocs trouvés, puis partager la récompense proportionnellement à la contribution de chacun. Résultat : des petits versements réguliers, prévisibles, prélevés d’une commission de 1 à 3 %.
Le solo mining, c’est l’inverse. Vous travaillez seul. Si votre machine trouve le bloc, vous récupérez l’intégralité de la récompense — sans partage, sans commission. Si elle ne le trouve pas, vous ne touchez rien. Pas de petits versements. Pas de revenu régulier. Tout ou rien.
C’est exactement comme une loterie. Sauf que ici, les billets gagnants existent, et on sait avec précision quelle est leur probabilité.
Des probabilités honnêtes
Le réseau Bitcoin tourne actuellement autour de 1 008 EH/s. Un NerdMiner V2 — l’un des appareils d’entrée de gamme les plus populaires — produit environ 78 kilohashes par seconde (kH/s). La proportion est vertigineuse.
Un Bitaxe Gamma, plus puissant, atteint 1,2 térahashes par seconde (TH/s). Soit environ 0,00000013 % de la puissance totale du réseau. La probabilité de trouver un bloc dans une journée avec ce setup tourne autour de 1 sur 5 millions.
Dit comme ça, ça paraît absurde. Et pourtant, en juillet 2024, un mineur avec 3 TH/s — soit à peine plus qu’un Bitaxe — a trouvé un bloc après 19 jours de mining et empoché 3,192 BTC, soit environ 210 000 dollars à l’époque. Il avait démarré son setup trois semaines avant.
Les probabilités sont faibles. Elles ne sont pas nulles.
Pourquoi les gens font ça
La question mérite d’être posée franchement. Si les chances sont aussi minces, pourquoi brancher une machine ?
Plusieurs raisons coexistent chez ceux qui pratiquent le solo mining, et elles ne s’excluent pas.
Le coût d’entrée est réel, pas hypothétique. Un NerdMiner coûte 50 €. Un Bitaxe, autour de 80–120 €. L’électricité consommée est celle de quelques ampoules LED — entre 5 et 20 watts selon l’appareil. Sur une année, le coût de fonctionnement d’un Bitaxe en France est d’environ 43 € au tarif réglementé EDF (0,27 €/kWh). C’est littéralement le prix d’un ticket de loterie par mois.
La compréhension technique. Faire tourner un solo miner, c’est toucher concrètement à la mécanique de Bitcoin : nœuds, pools Stratum, hachage SHA-256, mempool. Pour quelqu’un curieux du protocole, c’est une façon pratique d’apprendre.
La décentralisation. Chaque machine supplémentaire qui mine de façon indépendante contribue à distribuer la puissance du réseau. Deux pools — Foundry USA et Antpool — contrôlent actuellement plus de 50 % du hashrate mondial. Les home miners qui tournent en solo vont à contre-courant de cette concentration.
Et oui, le jackpot. Ce serait hypocrite de ne pas le dire. Une partie du charme du solo mining, c’est la possibilité — infime, réelle — que la machine posée sur votre bureau trouve un bloc demain matin.
Comment ça fonctionne concrètement
Pour miner en solo, vous avez besoin de trois choses :
Un mineur. Pour le solo mining domestique, les options open-source dominent : NerdMiner, Bitaxe, NerdQaxe++. Ces appareils consomment peu, font peu de bruit, et sont conçus spécifiquement pour être connectés à des pools solo. Le projet Bitaxe est entièrement open source, tout comme le firmware NerdMiner.
Un pool solo. Techniquement, vous pourriez connecter votre machine directement à un nœud Bitcoin. En pratique, tout le monde passe par un pool solo comme CK Pool EU. Un pool solo ne partage pas les récompenses — il se contente de vous connecter au réseau et de vous redistribuer l’intégralité du bloc si vous le trouvez. La distinction avec un pool classique est importante. D’autres options comme Ocean ou Public Pool offrent des alternatives.
Un portefeuille Bitcoin. L’adresse où la récompense sera envoyée si votre machine trouve un bloc.
La configuration prend généralement moins d’une heure. L’appareil tourne ensuite 24h/24, sans intervention.
Ce que le solo mining n’est pas
Ce n’est pas un investissement au sens classique. Il n’y a pas de rendement attendu, pas de calcul de ROI qui tient sur la durée. Si vous cherchez à accumuler des satoshis de façon régulière et prévisible, le pool mining est plus adapté.
Ce n’est pas non plus une façon de « participer au minage Bitcoin » de manière significative en termes de contribution au réseau. Un Bitaxe représente une fraction infinitésimale du hashrate global. L’impact sur la sécurité du réseau est symbolique — ce qui ne rend pas la démarche sans intérêt, mais il faut être honnête là-dessus.
Et ce n’est pas un projet garanti de rentabilité. La plupart des solo miners ne trouveront jamais de bloc. C’est la réalité statistique.
Alors, ça vaut le coup ?
Ça dépend de ce que vous cherchez. Si vous voulez comprendre Bitcoin de l’intérieur, participer au réseau pour quelques euros par mois, et vous offrir une chance — une vraie, même si mince — de tomber sur un bloc : oui. Si vous attendez un retour sur investissement mesurable, non.
La machine sur votre bureau calcule en silence. Elle ne paie pas de loyer. Un matin, elle pourrait afficher une notification que vous n’attendiez plus.
Questions fréquentes
Faut-il un ordinateur puissant pour miner en solo ?
Non. Le solo mining domestique utilise des appareils dédiés comme le Bitaxe ou le NerdMiner, qui consomment entre 5 et 20 watts. Pas besoin de PC gamer ni de carte graphique : ces petits mineurs ASIC se branchent sur une prise et se connectent en WiFi.
Combien coûte le solo mining par mois en électricité ?
Avec un Bitaxe Gamma (18 W), comptez environ 3,50 € par mois en France au tarif réglementé (0,27 €/kWh). Un NerdMiner (moins de 5 W) coûte moins de 1 € par mois. C’est comparable à une veilleuse allumée en continu.
Quelle est la différence entre un pool solo et un pool classique ?
Un pool classique mutualise la puissance de calcul et partage les récompenses entre tous les participants. Un pool solo (comme CK Pool) vous connecte simplement au réseau : si votre machine trouve un bloc, vous récupérez 100 % de la récompense. Sinon, vous ne touchez rien.
Est-ce légal de miner du Bitcoin en France ?
Oui, le minage de Bitcoin est parfaitement légal en France. Les revenus issus du minage sont soumis à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC) si l’activité est habituelle, ou des plus-values pour les particuliers occasionnels.
Un solo miner peut-il vraiment trouver un bloc ?
Oui, c’est documenté. En 2024 et 2025, plusieurs dizaines de home miners ont trouvé des blocs avec des machines produisant entre 1 et 5 TH/s. La probabilité est faible mais réelle — et chaque seconde de fonctionnement est un ticket de loterie.



