Le solo mining Bitcoin, c’est miner seul : votre machine cherche un bloc pour son propre compte, sans partager le travail ni la récompense avec d’autres mineurs. Si elle le trouve, vous recevez le bloc entier, soit environ 3,15 BTC. Si elle ne le trouve pas, vous ne recevez rien. Avec du matériel domestique, la deuxième issue est de très loin la plus probable, et c’est pour ça qu’on parle aussi de lottery mining.
Cet article sert à comprendre le principe : ce qu’est le minage, ce que « solo » change, les vraies probabilités et les raisons de le faire quand même. Pour passer à la pratique (choix du matériel, pool, réglages, électricité, impôts), le parcours complet est dans le guide du solo mining en France.
Le minage Bitcoin en quelques lignes
Les mineurs regroupent les transactions en attente dans un bloc et cherchent à le faire accepter par le réseau. Pour ça, ils doivent produire une empreinte SHA-256 de l’en-tête du bloc inférieure à une valeur cible. Il n’existe aucune méthode pour deviner la bonne empreinte : on change un compteur (le nonce), on recalcule, et on recommence des milliards de fois par seconde. C’est la preuve de travail.
Le premier qui trouve une empreinte valide publie son bloc et encaisse la récompense : 3,125 BTC de subvention depuis le halving d’avril 2024, plus les frais des transactions incluses (environ 0,02 BTC par bloc en septembre 2026, un mempool presque vide). Un bloc sort toutes les dix minutes en moyenne, soit 144 par jour. La difficulté est recalculée tous les 2 016 blocs pour maintenir ce rythme, quelle que soit la puissance totale du réseau.
Ce que « solo » change par rapport à un pool
La plupart des mineurs travaillent dans un pool de minage. Le pool additionne la puissance de milliers de machines, trouve des blocs régulièrement et redistribue la récompense au prorata du travail fourni, commission déduite. Pour un petit mineur, ça donne des versements minuscules mais réguliers.
En solo, pas de partage. Vous passez quand même par un serveur, appelé « pool solo » par abus de langage (Solo CKPool, Public Pool, Braiins Solo), qui prépare le travail et le distribue à votre machine via le protocole Stratum. Mais la transaction de récompense de chaque bloc que vous minez est construite au nom de votre adresse Bitcoin. Si votre machine trouve le bloc, les bitcoins arrivent directement sur votre portefeuille, moins la commission du service (2 % chez CKPool, 0 % chez Public Pool, 0,5 % chez Braiins Solo).
Un piège fréquent : OCEAN n’est pas un pool solo. C’est un pool mutualisé non-custodial, qui partage la récompense entre ses mineurs. Le comparatif détaillé est dans solo mining vs pool mining.
Les probabilités, sans maquillage
Votre chance de trouver un bloc donné est simplement votre hashrate divisé par celui du réseau. Fin septembre 2026, le réseau tourne autour de 950 EH/s (moyenne sur 7 jours, mempool.space), pour une difficulté d’environ 133 T. Voilà ce que ça donne pour le matériel courant :
| Machine | Hashrate | Chance par jour | Temps moyen avant un bloc |
|---|---|---|---|
| NerdMiner V2 | ≈ 50 kH/s | 1 sur 130 000 milliards | ≈ 360 milliards d’années |
| Bitaxe Gamma | ≈ 1,2 TH/s | 1 sur 5,5 millions | ≈ 15 000 ans |
| NerdQAxe++ | ≈ 4,8 TH/s | 1 sur 1,4 million | ≈ 3 800 ans |
| Location de 100 TH/s | 100 TH/s | 1 sur 66 000 | ≈ 180 ans |
Le « temps moyen » ne veut pas dire qu’il faut attendre 15 000 ans. Chaque bloc est un tirage indépendant : une Bitaxe a exactement la même chance aujourd’hui que demain, et avoir miné cinq ans ne rapproche pas du but. Le détail du calcul, avec les formules, est dans calculer ses chances réelles de trouver un bloc.
Et pourtant, ça arrive. Le 10 juillet 2026, une seule Bitaxe d’environ 1 TH/s a trouvé le bloc 957 382 sur Public Pool, soit 3,138 BTC (CoinDesk). En juillet 2024, un mineur d’environ 3 TH/s avait décroché le bloc 853 742 sur Solo CKPool (3,192 BTC). Ce ne sont pas des preuves que la méthode « marche » : des dizaines de milliers de petits mineurs jouent en même temps, et on compte une vingtaine de blocs solo par an sur l’ensemble du réseau. Pour chacun de ces gagnants, l’immense majorité ne trouve rien. La liste tenue à jour est dans le suivi des blocs trouvés par des home miners.
Pourquoi ce n’est pas rentable
On peut calculer une espérance de gain : la probabilité multipliée par la valeur d’un bloc (environ 234 000 € au 29 septembre 2026, avec un bitcoin autour de 74 000 €). Pour une Bitaxe Gamma, elle tourne autour de 15 € par an. La même machine consomme 15 à 18 W en continu, soit environ 30 € d’électricité par an au tarif Bleu EDF (0,2001 €/kWh depuis le 1er août 2026).
L’espérance est donc négative, et elle le reste pour tout le matériel domestique. Surtout, cette moyenne ne se touche jamais : en pratique on gagne zéro, ou un bloc entier. Le solo mining n’est pas un placement et aucun calcul de retour sur investissement ne tient. Les chiffres complets, machine par machine, sont dans rentabilité du solo mining en France.
Pourquoi des gens le font quand même
Le ticket coûte peu et le lot est énorme. Une Bitaxe Gamma coûte autour de 120 € et 2,50 € d’électricité par mois. Le lot, lui, vaut plusieurs centaines de milliers d’euros. Tant qu’on accepte de perdre la mise, le rapport entre les deux a quelque chose de raisonnable.
On apprend Bitcoin par les mains. Configurer un mineur oblige à comprendre ce qu’est une share, une difficulté, un template de bloc, une adresse de paiement. On lit des logs, on règle une fréquence, on surveille une température. Pour quelqu’un curieux du protocole, c’est plus parlant que n’importe quel tutoriel.
La concentration du minage. Sur le dernier mois (septembre 2026), Foundry USA et AntPool ont produit à eux deux environ 45 % des blocs, et les trois premiers pools près de 60 % (mempool.space). Un mineur solo choisit lui-même les transactions de son bloc via son pool solo, voire son propre nœud. Son poids est infime, mais il ne passe pas par ces intermédiaires.
Le matériel vous appartient. Pas d’abonnement, pas de contrat : la machine se revend, se répare, et la plupart sont open source (schémas et firmware publics, voir le mouvement OSMU).
Ce qu’il faut pour se lancer
Trois éléments suffisent : un mineur, un pool solo et une adresse Bitcoin dont vous détenez les clés. Côté matériel, la Bitaxe Gamma est la référence actuelle (1,2 TH/s, environ 17 W, 121 € chez Power Mining en septembre 2026). Le NerdMiner V2 est un objet pédagogique : il mine vraiment, mais ses chances sont nulles en pratique. Le comparatif complet est dans NerdMiner vs Bitaxe vs NerdQAxe++.
La configuration prend une petite heure : Wi-Fi, adresse du pool (par exemple stratum.ckpool.org:3333), adresse Bitcoin comme identifiant. La machine tourne ensuite seule. Les étapes détaillées, de l’achat à la déclaration fiscale, sont dans le guide du solo mining en France.
Autre option : louer du hashrate pour une durée limitée plutôt qu’acheter une machine. Power Mining loue par exemple 100 TH/s pendant 24 heures pour environ 6,50 € HT, qui minent vers votre propre adresse. C’est une chance sur 66 000 environ, sans remboursement si rien ne tombe : un ticket de loterie plus gros, pas un investissement.
Les liens Power Mining de cet article sont affiliés : le code SOLOMINER vous donne 10 % de remise (en location, sur la première période et le renouvellement automatique) et me reverse une commission, sans surcoût pour vous.
Alors, pour qui ?
Pour quelqu’un qui veut comprendre Bitcoin de l’intérieur, qui accepte de perdre 120 € de matériel et une trentaine d’euros d’électricité par an, et pour qui le bloc reste un bonus hautement improbable. Pas pour quelqu’un qui cherche un revenu, même modeste : pour ça, un pool classique verse quelques centimes réguliers, et acheter directement du bitcoin reste plus simple.
Questions fréquentes
Faut-il un ordinateur puissant pour miner en solo ?
Non. Un PC ou une carte graphique ne servent à rien sur Bitcoin : il faut un ASIC, une puce conçue uniquement pour le SHA-256. Les mineurs domestiques comme la Bitaxe embarquent une puce de ce type, se branchent sur une alimentation et se connectent en Wi-Fi.
Combien coûte le solo mining en électricité ?
Au tarif Bleu EDF Base (0,2001 €/kWh depuis le 1er août 2026), une Bitaxe Gamma à 17 W coûte environ 30 € par an, soit 2,50 € par mois. Un NerdMiner autour de 1 W coûte moins de 2 € par an. La formule : puissance en watts × 8,76 × prix du kWh = coût annuel en euros.
Quelle différence entre un pool solo et un pool classique ?
Un pool classique mutualise la puissance et partage chaque récompense entre tous les participants. Un pool solo distribue le travail mais construit chaque bloc au nom du mineur : si votre machine trouve le bloc, la récompense va sur votre adresse, moins une commission de 0 à 2 % selon le service.
Est-ce légal de miner du Bitcoin en France ?
Oui. Si un bloc est trouvé, les bitcoins reçus sont susceptibles d’être imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), selon une position du Conseil d’État de 2018 reprise par l’administration fiscale. La revente ultérieure relève du régime des plus-values sur actifs numériques. Détails dans déclarer ses bitcoins minés aux impôts.
Un petit mineur peut-il vraiment trouver un bloc ?
Oui, c’est documenté : une Bitaxe seule d’environ 1 TH/s a trouvé le bloc 957 382 en juillet 2026. Mais pour une machine donnée, la probabilité reste d’environ 1 sur 5,5 millions par jour. Des blocs solo tombent parce que des dizaines de milliers de mineurs jouent en même temps, pas parce que chacun a une chance sérieuse.



