La Bitaxe, le NerdMiner, le NerdQAxe++ et Public Pool ont un point commun : leurs plans, leur code et leur documentation sont publics. Autour d’eux s’est formée une communauté informelle, Open Source Miners United, abrégée OSMU. Savoir qui elle est et comment elle fonctionne explique pourquoi ces machines existent, et pourquoi elles ne ressemblent pas au matériel de minage commercial.
Au départ, une carte publiée par un ingénieur
La Bitaxe est née du travail de Skot (skot9000 sur les réseaux), qui a publié dès le début sur GitHub tout ce qu’il faut pour reproduire la machine : schémas, fichiers de fabrication des circuits imprimés, liste des composants et firmware. L’idée de départ tient dans le README du projet : un mineur autonome, à faible consommation, qui mine directement vers un pool en Wi-Fi sans ordinateur, autour d’une puce ASIC récupérée dans les machines Bitmain.
Les générations se sont suivies au rythme des puces disponibles : Bitaxe Max (série 100, puce BM1397), Ultra (série 200, BM1366 de l’Antminer S19 XP), Supra (série 400, BM1368 de l’Antminer S21), puis Gamma (série 600, BM1370 de l’Antminer S21 Pro). Le dépôt d’origine a ensuite été découpé en dépôts par modèle, regroupés dans l’organisation bitaxeorg sur GitHub.
Le NerdMiner vient d’un autre projet, porté par BitMaker. Il n’a pas d’ASIC : c’est un firmware pour une carte ESP32-S3 à écran (la T-Display S3), qui calcule quelques dizaines de kilohashs par seconde. Il ne trouvera jamais de bloc en pratique, mais il a fait découvrir le minage solo à beaucoup de monde. Les deux projets partagent aujourd’hui la même communauté.
Ce qu’est OSMU concrètement
OSMU n’est ni une entreprise ni une association déclarée. C’est une communauté créée en 2023, qui se réunit surtout sur un serveur Discord et publie sa documentation sur le wiki OSMU. Sa devise est sans nuance : « Closed Source is Antithetical to Bitcoin », le code fermé est contraire à l’esprit de Bitcoin.
Le wiki recense une dizaine de projets : la Bitaxe et son firmware AxeOS, le NerdMiner, Public Pool (le logiciel de pool solo de Benjamin Wilson, utilisable hébergé ou sur son propre nœud), des cartes plus confidentielles comme Piaxe (un module pour Raspberry Pi) ou Qaxe, et un « OSMU Lab » consacré à la rétro-ingénierie des puces ASIC. Chacun a ses mainteneurs, et n’importe qui peut proposer une modification via GitHub.
Côté licences, le firmware ESP-Miner est sous GPL-3.0 et le matériel sous licence CERN-OHL-S, une licence d’open hardware dite réciproque : celui qui fabrique une version modifiée et la distribue doit publier ses modifications. C’est ce qui explique qu’on trouve autant de variantes et de revendeurs.
Qui finance le travail
Publier ses plans gratuitement ne paie pas les développeurs. Le projet Bitaxe indique être soutenu par OpenSats, la Human Rights Foundation, la 256 Foundation et OSMU, et accepte des dons en bitcoin et en Lightning.
La 256 Foundation mérite une mention à part. Cette fondation américaine à but non lucratif finance des briques open source de minage au-delà du matériel domestique : un firmware (Mujina), un logiciel de pool déployable en un clic (Hydrapool), une carte de hachage de référence (Ember One) et une carte de contrôle ouverte (Libre Board). Son argument : selon elle, une seule entreprise chinoise contrôle environ 90 % du marché du matériel et du firmware de minage.
Pourquoi l’open source compte pour le minage
Le minage industriel repose sur quelques fabricants, Bitmain en tête, dont les firmwares sont fermés et les schémas propriétaires. Pour un réseau qui revendique la décentralisation, dépendre de boîtes noires pose une vraie question. L’approche OSMU y répond sur plusieurs points :
- Vérifiable : le code est lisible, n’importe qui peut contrôler ce que fait la machine et ce qu’elle envoie sur le réseau.
- Reproductible : les fichiers de fabrication sont publics, aucun acteur ne contrôle seul l’approvisionnement.
- Réparable : une panne se diagnostique avec les schémas sous les yeux, une pièce se remplace.
- Forkable : si un mainteneur prend une direction qui déplaît, on peut repartir du code et continuer ailleurs. C’est ce qui a donné naissance aux firmwares dérivés, comme celui des NerdQAxe maintenu par shufps.
Il reste une limite, que la communauté ne cache pas : les puces. Concevoir un ASIC SHA-256 coûte des dizaines de millions, et presque toutes les machines OSMU utilisent donc des puces Bitmain achetées à l’unité. Tout le reste est ouvert, la puce ne l’est pas. Les prototypes publiés en 2026 explorent d’autres fournisseurs : Naja Duo (2 puces BM1373), Ava (4 puces Canaan A3197), Bonanza (8 puces Intel BZM2). Selon leurs propres README, ce sont des prototypes non testés ou pas encore fonctionnels, pas des produits.
Ce qui s’est passé en 2025 et 2026
Le mouvement est actif, et ça se voit surtout dans le firmware. ESP-Miner 2.14.0 (juin 2026) a apporté le support natif de Stratum V2, une première pour un firmware open source grand public, ainsi qu’une API WebSocket et un tableau de bord personnalisable. La 2.15.0 (août 2026) a intégré l’interface AxeOS dans un seul fichier de mise à jour et ajouté l’accès par nom d’hôte sur le réseau local. La version courante est la 2.15.3 (20 septembre 2026).
Côté matériel, la Bitaxe Gamma Hex (série 1300, six BM1370 en 12 V) est en développement actif, et le premier accessoire officiel utilisant le port d’extension des Bitaxe est sorti : le GT Touch, un écran tactile de 4,3 pouces. Le projet tient aussi une liste publique des vendeurs reconnus, validée par la communauté et sans emplacement payant, pour lutter contre les clones de qualité douteuse.
Les machines de l’écosystème
| Machine | Puce(s) | Hashrate | Consommation | Statut |
|---|---|---|---|---|
| NerdMiner V2 | aucune (ESP32-S3) | ≈ 50-78 kH/s | ≈ 1 W | objet pédagogique |
| Bitaxe Ultra / Supra | BM1366 / BM1368 | ≈ 0,4 à 0,7 TH/s | ≈ 11-13 W | anciennes générations |
| Bitaxe Gamma | 1× BM1370 | ≈ 1,1-1,3 TH/s | ≈ 15-18 W | référence actuelle |
| Bitaxe Gamma Turbo (GT) | 2× BM1370 | ≈ 2,1-2,5 TH/s | ≈ 36-43 W | actif |
| NerdQAxe++ | 4× BM1370 | ≈ 4,8 TH/s | ≈ 70-80 W | actif |
| NerdOctaxe Gamma | 8× BM1370 | ≈ 9,6 TH/s | ≈ 160 W | actif |
Les Bitaxe tournent sous AxeOS, les NerdQAxe sous un dérivé d’ESP-Miner, et le NerdMiner sous son propre firmware. Pour choisir entre ces machines selon votre budget et votre consommation, voir mineur Bitcoin open source : lequel acheter.
L’impact mesurable
Le résultat le plus parlant date du 10 juillet 2026 : une seule Bitaxe d’environ 1 TH/s a trouvé le bloc 957 382 sur Public Pool, soit 3,138 BTC. Matériel OSMU, pool OSMU. Avant elle, une grappe d’environ six Bitaxe avait trouvé le bloc 887 212 sur Solo CKPool en mars 2025, et un NerdQAxe++ seul le bloc 944 078 en avril 2026. La liste est tenue dans le suivi des blocs trouvés par des home miners.
Ces blocs restent des coups de chance statistiques : une Bitaxe Gamma a environ une chance sur 5,5 millions par jour d’en trouver un, au 29 septembre 2026. L’apport le plus durable d’OSMU est ailleurs. Le projet a montré qu’on peut concevoir, fabriquer et maintenir des mineurs sans dépendre d’un fabricant unique pour la carte et le logiciel, et qu’une communauté largement bénévole peut faire évoluer ce logiciel au même rythme que le protocole, Stratum V2 compris.
Ce que ça change quand vous achetez une machine
Acheter une Bitaxe, c’est acheter une machine dont vous pouvez lire le code, que vous pouvez réparer et revendre, sans abonnement ni compte chez le fabricant. Le premier réflexe est de vérifier que le vendeur figure dans la liste reconnue par le projet. Power Mining en fait partie ; on y trouve par exemple la Bitaxe Gamma autour de 121 € et le NerdQAxe++ autour de 363 € (septembre 2026). Si vous voulez soutenir directement les développeurs, un don au projet reste le moyen le plus direct.
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Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’OSMU ?
Open Source Miners United est une communauté créée en 2023 autour du matériel de minage Bitcoin open source. La Bitaxe, le NerdMiner et Public Pool en sont les projets les plus connus. Elle fonctionne via Discord, GitHub et un wiki, sans structure juridique formelle.
Peut-on fabriquer sa propre Bitaxe ?
Oui, les fichiers de fabrication sont sur GitHub. Il faut commander les circuits imprimés et les composants, trouver la puce ASIC, puis souder des composants montés en surface très fins. Le README d’origine le dit lui-même : c’est un montage avancé, et un modèle assemblé reste plus simple pour la plupart des gens. Le NerdMiner, lui, se monte sans soudure : voir construire son NerdMiner V2.
Le matériel open source est-il aussi fiable que le matériel commercial ?
La Bitaxe Gamma utilise la même puce BM1370 que l’Antminer S21 Pro. La fiabilité dépend surtout de la qualité d’assemblage et de l’alimentation. D’où l’intérêt d’acheter chez un vendeur de la liste reconnue par le projet plutôt qu’un clone sans suivi.
Comment contribuer à OSMU ?
Par GitHub (signaler un bug, proposer une modification du firmware ou du matériel, améliorer la documentation du wiki), par le Discord OSMU pour aider les nouveaux venus, ou par un don aux projets.
Pourquoi utiliser des puces Bitmain si le but est la décentralisation ?
Parce qu’il n’existe pas d’alternative accessible aujourd’hui : concevoir une puce SHA-256 coûte des dizaines de millions de dollars. OSMU ouvre tout ce qui peut l’être (carte, firmware, pool) et explore d’autres puces dans ses prototypes de 2026, qui ne sont pas encore des produits.



