Le solo mining, un pari sur l’avenir ?

Le halving de 2028 va-t-il chasser les industriels et relancer les chances des petits mineurs ? Les dernières baisses de difficulté disent le contraire. Le vrai pari du solo mining est ailleurs : qui construit les blocs.

Le solo mining ne sera jamais rentable au sens classique. Ce n’est pas une objection, c’est le point de départ : avec une Bitaxe, on paie environ 30 € d’électricité par an pour une espérance de gain d’environ 15 €. La vraie question est ailleurs. Les conditions qui donnent un sens à ce pari vont-elles s’améliorer ou se dégrader dans les années qui viennent ?

On entend souvent que le prochain halving va chasser les industriels et ouvrir la voie aux petits mineurs. Je ne le crois pas, ou pas comme on le raconte. Les chiffres disent autre chose, et l’intérêt du solo mining sur le long terme tient à mon avis à une autre raison.

Ce que le halving de 2028 va changer

Au bloc 1 050 000, attendu vers avril 2028 (la date exacte dépend du rythme des blocs), la subvention passera de 3,125 à 1,5625 BTC. À prix et difficulté constants, le revenu de chaque machine du réseau est divisé par deux du jour au lendemain, pendant que la facture d’électricité, elle, ne bouge pas.

Pour les fermes industrielles, ça veut dire que les machines les moins efficaces et les sites où l’électricité est la plus chère deviennent déficitaires. Certains éteignent. La difficulté, qui s’ajuste tous les 2 016 blocs pour garder un bloc toutes les dix minutes, baisse alors mécaniquement. Et une difficulté plus basse améliore les chances de tout le monde, Bitaxe comprise.

Sur le papier, le raisonnement tient. Le problème, c’est ce qui s’est passé les dernières fois.

Ce que disent les dernières baisses de difficulté

Au halving d’avril 2024, la difficulté était d’environ 88 T. Elle est descendue à 79,5 T début juillet 2024, soit une dizaine de pour cent de moins. Fin juillet, elle était déjà remontée à 90 T. Deux ans plus tard, elle atteint environ 133 T (mempool.space).

Même scénario en janvier 2026, quand la tempête hivernale Fern a forcé de nombreux mineurs américains à couper leurs machines pour soulager le réseau électrique. Le hashrate estimé a fortement chuté pendant quelques jours, et la difficulté a baissé de 11,16 % à l’ajustement du 7 février 2026. Au suivant, le 19 février, elle reprenait 14,73 %.

Le réseau s’adapte vite dans les deux sens. Les machines éteintes par un halving ou une tempête reviennent ou sont remplacées par des modèles plus efficaces, en quelques semaines ou quelques mois. Je ne parierais pas sur une difficulté durablement plus basse après 2028. Et même avec 20 % de difficulté en moins, une Bitaxe Gamma passerait d’environ 15 000 ans de temps moyen avant un bloc à environ 12 000 ans. L’ordre de grandeur ne change pas.

Un lot divisé par deux

L’autre face du halving concerne directement le mineur solo : le bloc qu’il espère trouver vaudra deux fois moins de bitcoins. Au cours d’environ 74 000 € du 29 septembre 2026, 1,5625 BTC représentent environ 116 000 €, contre environ 234 000 € pour un bloc aujourd’hui. Pour que le lot garde sa valeur en euros, il faudrait que le prix double d’ici là.

Certains y comptent. C’est possible, rien ne le garantit : en 2026, le bitcoin est passé d’environ 75 000 € en janvier à 51 000 € en juillet, puis à 74 000 € fin septembre. À difficulté et prix constants, l’espérance annuelle d’une Bitaxe tomberait autour de 7,50 €, pour la même facture d’électricité. Le halving ne rend pas le pari plus favorable. Il le rend plus déséquilibré.

Les frais, la variable de long terme

Le protocole prévoit que la subvention s’éteigne progressivement. À terme, ce sont les frais de transaction qui devront payer les mineurs. Aujourd’hui, on en est loin : environ 0,02 BTC par bloc en septembre 2026, soit à peu près 0,7 % de la récompense, avec un mempool presque vide à 1 sat/vB.

Si l’usage de la chaîne augmente et que les périodes de congestion deviennent régulières, un bloc trouvé en solo contiendra plus de frais que la seule subvention. C’est une hypothèse, pas une tendance observable en 2026. Je la garde en tête sans construire de raisonnement dessus.

Le vrai pari : qui construit les blocs

Si le pari sur l’avenir n’est pas financier, sur quoi porte-t-il ? Pour moi, sur la structure du minage. En septembre 2026, trois pools ont produit près de 60 % des blocs, et les deux premiers, Foundry USA et AntPool, environ 45 % (mempool.space, dernier mois). Ce sont eux qui choisissent quelles transactions entrent dans ces blocs.

Un mineur solo fait ce choix via son pool solo, ou directement s’il auto-héberge Public Pool sur son propre nœud. Les outils progressent dans ce sens : les Bitaxe gèrent Stratum V2 depuis le firmware ESP-Miner 2.14.0 (juin 2026), et Solo CKPool le propose sur un port dédié. Le détail est dans ce que Stratum V2 change pour un home miner. Côté matériel, l’écosystème open source né autour de la Bitaxe (le mouvement OSMU) montre qu’on peut concevoir des mineurs sans dépendre d’un fabricant unique, même si les puces restent celles de Bitmain.

Soyons honnêtes sur l’échelle : quelques milliers de Bitaxe pèsent une fraction négligeable du hashrate mondial. Ce ne sont pas elles qui décentraliseront Bitcoin. Mais chaque machine qui tourne chez un particulier, avec un firmware ouvert et un template choisi hors des grands pools, garde vivante une compétence et une infrastructure qui n’existeraient plus si tout le monde abandonnait. C’est là, à mon sens, que le solo mining est un pari sur l’avenir.

Ce que ça change pour vous

Rien d’immédiat. Une Bitaxe Gamma a aujourd’hui une chance sur 5,5 millions par jour de trouver un bloc, et le halving de 2028 ne va pas transformer ce chiffre. Si vous minez en solo, faites-le pour ce que c’est : un ticket de loterie bon marché, une façon concrète de comprendre le protocole, et une petite participation à un minage moins concentré. Pas pour une remontée espérée de vos chances après 2028.

L’impact détaillé du halving sur les probabilités est dans le halving Bitcoin et le solo mining, et le fonctionnement de l’ajustement dans la difficulté Bitcoin expliquée simplement. Pour passer à la pratique, tout le parcours est dans le guide du solo mining en France.

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