Vous avez branché votre Bitaxe, rejoint CK Pool EU, et un beau matin, votre dashboard affiche un bloc trouvé. 3.125 BTC sur votre wallet. Passé l’euphorie, une question arrive vite : qu’est-ce que je dois déclarer, et comment ?
La fiscalité des cryptomonnaies en France a pas mal bougé ces dernières années. Le cadre actuel est issu de la loi de finances 2019, complété par les ajustements de 2023 sur le barème progressif. Cet article fait le point pour les solo miners — ceux qui minent chez eux, avec du matériel open-source, sans structure juridique. Pas un guide fiscal officiel, mais un récap pratique de praticien à praticien.
Miner ne déclenche pas d’impôt
Premier point à comprendre : recevoir des bitcoins issus du minage n’est pas un fait générateur d’imposition en France. Quand votre mineur trouve un bloc et que les 3.125 BTC arrivent sur votre adresse, vous ne devez rien au fisc à ce moment-là. Pas de déclaration, pas de taxation.
Le fait générateur, c’est la cession. Autrement dit : le moment où vous convertissez vos BTC en euros (ou en tout autre monnaie ayant cours légal), ou le moment où vous les utilisez pour acheter un bien ou un service. Tant que vos bitcoins restent sur votre wallet sans bouger, l’administration fiscale n’a rien à vous demander.
Un échange crypto-crypto (BTC vers ETH, par exemple) n’est pas non plus un fait générateur. Seule la sortie vers du fiat compte.
Flat tax 30% sur les plus-values
Quand vous vendez vos bitcoins contre des euros, la plus-value réalisée est soumise au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), aussi appelé flat tax. Le taux global est de 30%, décomposé en :
- 12,8% d’impôt sur le revenu
- 17,2% de prélèvements sociaux
Ce taux s’applique sur la plus-value globale de l’année, pas sur chaque transaction isolée. La formule de calcul prend en compte le prix total d’acquisition de votre portefeuille et la proportion cédée. C’est le fameux calcul du formulaire 2086, qu’on détaille plus bas.
Le cas particulier du bitcoin miné : quel prix d’acquisition ?
C’est la question qui revient le plus souvent chez les mineurs. Quand vous achetez du BTC sur un exchange, le prix d’acquisition est clair : c’est ce que vous avez payé. Mais quand vous minez un bloc, vous n’avez rien payé en euros pour obtenir ces BTC.
La doctrine administrative considère que le prix d’acquisition d’un actif numérique obtenu par minage est nul dans le cadre de l’activité occasionnelle (régime des particuliers). Concrètement, si vous minez 3.125 BTC et que vous les revendez plus tard à 80 000 € le BTC, la plus-value taxable sera calculée sur la totalité de la somme reçue, sans déduction du coût d’acquisition.
Autrement dit : tout le produit de la vente est considéré comme de la plus-value. C’est un point qui pique, mais c’est la règle pour les particuliers.
Option barème progressif depuis 2023
Depuis les revenus 2023, vous avez le choix entre la flat tax à 30% et le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Cette option peut être intéressante si votre tranche marginale d’imposition est inférieure à 12,8%. En pratique, ça concerne les contribuables dont le revenu imposable reste dans la tranche à 11% ou moins.
Attention : si vous optez pour le barème, les prélèvements sociaux de 17,2% s’appliquent toujours en plus. Le choix se fait au moment de la déclaration, case par case, chaque année. Vous n’êtes pas engagé pour la suite.
Pour la plupart des solo miners qui réalisent une cession ponctuelle (revente d’une partie du bloc trouvé), la flat tax à 30% reste souvent le choix par défaut. Mais faites le calcul avec votre situation personnelle — ou demandez à un comptable.
Formulaire 2086 et cases 3AN/3BN
Chaque cession d’actifs numériques réalisée dans l’année doit être déclarée sur le formulaire 2086 (annexe de la déclaration de revenus). Vous y reportez pour chaque opération :
- La date de cession
- La valeur de cession (montant en euros reçu)
- Le prix total d’acquisition du portefeuille
- La valeur globale du portefeuille au moment de la cession
- La fraction du portefeuille cédée
- La plus-value ou moins-value résultante
Le résultat global (somme des plus-values et moins-values de l’année) se reporte ensuite dans la déclaration principale :
- Case 3AN : plus-value nette (montant à taxer)
- Case 3BN : moins-value nette (reportable, mais non imputable sur d’autres revenus)
Si vous n’avez réalisé aucune cession dans l’année, vous n’avez rien à remplir sur le 2086. Miner des BTC sans les vendre ne génère aucune obligation déclarative de ce côté.
Déclarer ses comptes sur plateformes étrangères
Si vous utilisez un exchange ou une plateforme basée hors de France (Binance, Kraken, Coinbase…) pour convertir vos BTC en euros, vous devez déclarer ce compte sur le formulaire 3916-bis. C’est une obligation déclarative annuelle, indépendante de toute cession. Même si vous n’avez rien vendu dans l’année, le simple fait d’avoir un compte ouvert sur une plateforme étrangère doit apparaître.
L’amende pour oubli est de 750 € par compte non déclaré (1 500 € si le compte dépasse 50 000 €). Pas le genre de chose à négliger.
Un wallet personnel (Ledger, Sparrow, Electrum) n’est pas un compte à déclarer. C’est la plateforme d’échange qui constitue le « compte » au sens fiscal, pas le wallet où vous stockez vos BTC.
Occasionnel ou professionnel : la ligne de partage
Toute la fiscalité décrite jusqu’ici concerne l’activité occasionnelle — le régime par défaut pour un particulier. Mais si l’administration considère que votre minage relève d’une activité professionnelle, c’est un tout autre régime qui s’applique : les Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC).
Les critères pour basculer en BIC ne sont pas gravés dans le marbre. L’administration regarde un faisceau d’indices :
- La régularité de l’activité de minage
- Les moyens matériels déployés (nombre de machines, puissance, investissement)
- L’intention lucrative (est-ce que vous minez pour en tirer un revenu ?)
- Le caractère habituel des cessions
Un solo miner avec un Bitaxe Gamma branché dans son salon, qui tombe sur un bloc par chance et revend une partie pour se faire plaisir, a peu de risques d’être requalifié en professionnel. Le matériel coûte 100 €, la consommation est de 12W, et la probabilité de trouver un bloc est infinitésimale. On est clairement dans le lottery mining, pas dans l’exploitation minière industrielle.
En revanche, si vous empilez dix NerdQaxe++ dans un garage avec un contrat EDF dédié et que vous revendez systématiquement les récompenses, le profil change. La frontière est floue, et c’est justement pour ça qu’il faut la connaître.
Régime BIC : ce qui change
En BIC, les bitcoins minés sont considérés comme un revenu imposable au moment de leur réception (et non à la cession). Le fait générateur bascule : c’est le minage lui-même qui crée l’imposition. Le revenu est évalué à la valeur du BTC au cours du jour de réception.
La contrepartie : en BIC, vous pouvez déduire vos charges. Électricité, amortissement du matériel, connexion internet (au prorata), frais de comptabilité. Ce n’est pas possible en régime occasionnel.
Le coût de l’électricité : déductible ou pas ?
C’est une question récurrente : est-ce qu’on peut déduire sa facture EDF de la plus-value taxable ? En régime occasionnel (particulier), la réponse est non. Le calcul de la plus-value sur le formulaire 2086 ne prévoit aucune case pour les charges d’exploitation. Le prix d’acquisition est nul pour les BTC minés, et il n’y a pas de mécanisme pour y ajouter les frais d’électricité.
En régime BIC (professionnel), oui — l’électricité fait partie des charges déductibles du résultat imposable. C’est d’ailleurs l’un des rares avantages du régime professionnel pour un mineur.
Pour un solo miner en régime occasionnel, le coût de l’électricité reste une dépense personnelle non déductible. Avec un Bitaxe à 12W, ça représente environ 2 € par mois au tarif réglementé — ce n’est pas le poste qui fait mal. Si vous voulez chiffrer précisément ce coût, le calculateur de rentabilité fait le calcul pour votre setup.
Cas concret : solo miner, un bloc trouvé, que faire
Prenons un cas réaliste. Vous minez avec un Bitaxe Gamma sur CK Pool EU. Contre toute attente statistique, vous trouvez un bloc. 3.125 BTC arrivent sur votre wallet. Le cours du BTC ce jour-là est à 85 000 €.
Le jour du bloc
Pas d’imposition immédiate. Vous notez la date, le numéro de bloc, le cours du BTC au moment de la réception. Vous gardez une capture d’écran de votre pool dashboard et de la transaction on-chain. Ces informations seront utiles plus tard pour justifier l’origine des fonds et le prix d’acquisition.
Six mois plus tard : vous vendez 1 BTC
Le cours est monté à 95 000 €. Vous transférez 1 BTC sur un exchange et le vendez contre des euros. C’est la cession, c’est le fait générateur.
Calcul simplifié (en supposant que votre portefeuille ne contient que les 3.125 BTC minés, prix d’acquisition nul) :
- Valeur globale du portefeuille : 3.125 × 95 000 = 296 875 €
- Prix de cession : 1 × 95 000 = 95 000 €
- Prix total d’acquisition : 0 € (BTC minés)
- Plus-value : 95 000 − (0 × 95 000 / 296 875) = 95 000 €
- Flat tax 30% : 28 500 €
Oui, ça fait mal. Quand le prix d’acquisition est nul, la totalité de la cession est taxée. C’est le prix de ne pas avoir acheté ces BTC mais de les avoir minés. Les 28 500 € partent au fisc, il vous reste 66 500 € sur cette vente — plus 2.125 BTC toujours en portefeuille.
Pour une analyse complète de la rentabilité du solo mining en France (hors fiscalité), l’article dédié pose tous les chiffres.
Conseils pratiques pour le solo miner
Même si vous ne trouvez jamais de bloc (statistiquement, c’est le scénario le plus probable), mieux vaut avoir les bons réflexes dès le départ.
Tenez un registre. Un simple tableur suffit. Pour chaque BTC reçu, notez la date, le montant en BTC, le cours EUR du jour, et la source (quel pool, quel bloc). Ce registre sera votre meilleur allié si le fisc vous pose des questions trois ans plus tard.
Conservez les preuves on-chain. Le hash de la transaction, le numéro de bloc, votre adresse de réception. La blockchain est publique, mais avoir ces références sous la main simplifie tout.
Déclarez vos comptes exchange au 3916-bis. Même si vous n’y touchez qu’une fois dans l’année pour convertir en euros. C’est le genre d’oubli qui coûte 750 € sans raison.
Ne mélangez pas wallet perso et wallet mining. Utilisez une adresse dédiée pour recevoir les récompenses de minage. Ça facilite le suivi et la justification en cas de contrôle.
Consultez un professionnel pour les gros montants. Si vous trouvez un bloc, vous recevez plus de 250 000 € d’un coup (au cours actuel). C’est le genre de situation où un comptable spécialisé en crypto vaut son tarif horaire.
Ce que ça change pour le solo miner moyen
Soyons honnêtes : la grande majorité des lecteurs de ce site ne trouveront jamais de bloc. Avec un Bitaxe Gamma à 1.2 TH/s, les probabilités sont ce qu’elles sont — on est dans le lottery mining pur, et les chiffres ne mentent pas.
Tant que vous minez sans trouver de bloc et sans vendre de crypto, votre situation fiscale ne change pas d’un iota. Pas de cession, pas de taxe, pas de formulaire. Votre Bitaxe tourne, il consomme ses 12W, il soumet des hashes au réseau, et c’est tout.
Mais le jour où la loterie tourne en votre faveur, il faut savoir quoi faire. Et la pire erreur serait de paniquer, de tout revendre en euros, et de découvrir la flat tax au moment de la déclaration. Gardez cet article sous le coude, et le jour venu, vous saurez par où commencer.
Cet article est un guide informatif, pas un conseil fiscal personnalisé. La législation évolue, et votre situation personnelle peut changer l’analyse. En cas de doute, consultez un avocat fiscaliste ou un expert-comptable spécialisé en actifs numériques.



