Ce guide est la partie pratique : quels formulaires, quelles cases, à quel moment de l’année, et quoi garder dans un dossier. Le cadre juridique (pourquoi le minage relève des BNC, ce que les textes laissent flou) est détaillé dans l’article sur la fiscalité du minage Bitcoin en France. Ici, on part du principe que vous savez ce que vous devez déclarer et qu’il reste à savoir où.
Les références de cases ci-dessous sont celles des formulaires de la campagne 2026 (revenus 2025). Elles changent rarement, mais vérifiez-les sur le formulaire de l’année au moment de déclarer.
Avant tout : quelle est votre situation ?
| Dans l’année, vous avez… | À déclarer | Formulaire |
|---|---|---|
| Miné sans rien recevoir (le cas de la plupart des solo miners) | Rien au titre du minage | Aucun |
| Reçu des BTC de minage (versements de pool, bloc trouvé) | Recettes de minage en BNC non professionnels | 2042 C PRO (et 2035 au régime réel) |
| Vendu des BTC contre des euros ou payé un bien avec | Plus-value ou moins-value de cession | 2086, report en 3AN ou 3BN |
| Utilisé un compte crypto sur une plateforme étrangère | Le compte, même sans opération | 3916-bis |
Ces obligations se cumulent. Un mineur qui a reçu des sats via un pool, en a revendu une partie sur une plateforme étrangère, remplit trois formulaires.
Le calendrier
Tout se déclare au printemps de l’année suivante, avec la déclaration de revenus en ligne (ouverture en avril, dates limites échelonnées de mai à juin selon le département). Des BTC reçus ou vendus en 2026 se déclarent donc au printemps 2027. Le 3916-bis et le 2086 sont des annexes de cette même déclaration. Si vous êtes au régime de la déclaration contrôlée, la 2035 a sa propre échéance, un peu plus tôt au printemps : vérifiez la date de l’année sur impots.gouv.fr.
Le vrai travail se fait pendant l’année : noter chaque réception de BTC au fil de l’eau. Reconstituer douze mois de versements de pool en avril, avec les cours du jour, est pénible et source d’erreurs.
Étape 1 : tenir le registre des réceptions
Un tableur suffit. Une ligne par réception de BTC, avec au minimum :
| Colonne | Exemple |
|---|---|
| Date et heure de réception | 12/03/2026 14:05 |
| Montant en BTC | 0,00012 BTC |
| Cours BTC/EUR retenu et sa source | cours de clôture du jour, même source toute l’année |
| Valeur en euros | montant × cours |
| Origine | nom du pool, ou numéro du bloc trouvé |
| Référence on-chain | identifiant de la transaction (txid) et adresse de réception |
Pour un bloc trouvé en solo, la récompense arrive dans la transaction coinbase du bloc et n’est dépensable qu’après 100 confirmations. Notez la date du bloc et celle où les fonds deviennent disponibles : les textes ne précisent pas laquelle retenir, autant avoir les deux. Utilisez une adresse de réception dédiée au minage, séparée de votre épargne : le suivi est plus lisible et la justification plus simple en cas de question.
Le total de la colonne « valeur en euros » donne vos recettes de minage de l’année, si vous retenez la lecture prudente d’une imposition à la réception (voir l’article sur le cadre fiscal pour l’autre lecture).
Étape 2 : déclarer les recettes de minage (2042 C PRO)
Les recettes de minage d’un particulier se déclarent sur la déclaration complémentaire 2042 C PRO, rubrique « revenus non commerciaux non professionnels ». Deux cas :
- Micro-BNC (régime déclaratif spécial) : vous indiquez les recettes brutes, sans appliquer vous-même l’abattement, en case 5KU (déclarant 1) ou 5LU (déclarant 2). L’administration applique l’abattement de 34 %, avec un minimum de 305 €. C’est le régime par défaut tant que les recettes restent sous le plafond (77 700 € pour 2023-2025, montant 2026 à vérifier).
- Déclaration contrôlée (régime réel) : vous établissez d’abord une déclaration 2035 (recettes moins charges justifiées : électricité, matériel, frais), puis vous reportez le résultat en case 5JG (déclarant 1) ou 5RF (déclarant 2) s’il est positif, en case 5JJ (déclarant 1) ou 5RG (déclarant 2) s’il s’agit d’un déficit.
Les revenus non commerciaux non professionnels supportent aussi les prélèvements sociaux. Le formulaire comporte une rubrique dédiée (« BA, BIC, BNC à imposer aux prélèvements sociaux », case 5HY pour le déclarant 1) pour les revenus qui ne sont pas soumis aux cotisations d’un organisme social. Je n’ai pas trouvé de consigne officielle spécifique au minage sur ce point : vérifiez avec la notice de l’année ou votre centre des finances publiques si la case est à remplir dans votre cas.
Étape 3 : déclarer les ventes de BTC (2086, 3AN, 3BN)
Toute cession de crypto-actifs contre des euros, ou contre un bien ou un service, se déclare sur le formulaire 2086. Pour chaque cession, vous indiquez :
- la date et le prix de cession ;
- la valeur globale de votre portefeuille juste avant la cession ;
- le prix total d’acquisition du portefeuille, diminué des fractions déjà utilisées lors des cessions précédentes ;
- les frais de cession éventuels.
En déclaration en ligne, le résultat se reporte automatiquement en case 3AN (plus-value) ou 3BN (moins-value). Sur papier, vous reportez vous-même le total sur la 2042 C. La plus-value est taxée au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème progressif en case 3CN. Si le total de vos prix de cession de l’année ne dépasse pas 305 €, vous êtes exonéré (source : impots.gouv.fr).
La difficulté propre aux mineurs est le prix d’acquisition à inscrire pour des BTC minés. Le BOFiP retient une valeur d’acquisition nulle pour les actifs attribués gratuitement dans le calcul du BNC, mais ne dit pas explicitement comment traiter ces BTC sur la 2086 s’ils ont déjà été imposés en BNC à la réception. Si vous revendez des BTC minés pour un montant significatif, faites valider la méthode par un professionnel avant de remplir la 2086. Le cas 4 ci-dessous chiffre l’écart entre les approches.
Étape 4 : déclarer les comptes étrangers (3916-bis)
Chaque compte d’actifs numériques ouvert, détenu, utilisé ou clos pendant l’année auprès d’un prestataire établi hors de France se déclare sur le formulaire 3916-bis, joint à la déclaration de revenus. C’est indépendant de toute vente : un compte ouvert et jamais utilisé se déclare aussi. L’amende est de 750 € par compte omis, 1 500 € si sa valeur a dépassé 50 000 € dans l’année (impots.gouv.fr).
Votre portefeuille personnel (matériel ou logiciel) n’est pas un compte ouvert auprès d’un prestataire, et un pool solo verse la récompense directement à votre adresse. Selon l’interprétation courante, ni l’un ni l’autre n’entre dans le 3916-bis ; aucun texte lu ne le dit explicitement. Un pool qui garde vos gains en compte avant paiement est un cas plus discutable.
Quatre cas chiffrés
Pour voir ce que donnent ces formulaires en pratique, voici quatre situations de home miner, de la plus fréquente à la plus improbable. Hypothèses communes : cours d’environ 74 340 € le BTC (29 septembre 2026), électricité au tarif Bleu EDF Base de 0,2001 €/kWh, fiscalité en vigueur en 2026. Rappel : le BOFiP ne précise pas si l’impôt naît à la réception des BTC ou à leur conversion en euros, et les exemples montrent ce que change chaque lecture.
Cas 1 : une Bitaxe en solo, rien trouvé
Une Bitaxe Gamma à 1,2 TH/s a environ 1 chance sur 5,5 millions de trouver un bloc chaque jour, soit un temps moyen d’environ 15 000 ans (le détail est dans calculer ses chances réelles). Sur un an, elle consomme pour 26 à 32 € d’électricité (voir la consommation électrique d’une Bitaxe) et ne rapporte aucun BTC. Rien à déclarer au titre du minage, et l’électricité ne se déduit pas de vos autres revenus : c’est une dépense de loisir. Seul le 3916-bis peut s’appliquer si vous avez un compte sur une plateforme étrangère.
Cas 2 : quelques sats par an via un pool mutualisé
Une NerdQAxe++ à 4,8 TH/s branchée sur un pool mutualisé qui paie en Lightning, comme OCEAN (qui n’est pas un pool solo). Son espérance est d’environ 60 € par an avant commission, pour environ 140 € d’électricité à 80 W. Supposons 60 € de sats reçus dans l’année, valorisés au jour de chaque versement.
- Micro-BNC : 60 € déclarés en case 5KU. L’abattement minimum de 305 € ramène le montant imposable à 0 €.
- Régime réel : 60 € de recettes moins 140 € d’électricité et l’amortissement de la machine, soit un déficit. Le gain d’impôt est nul, pour une comptabilité et une 2035 en plus.
Impôt dû : zéro dans les deux cas. La déclaration reste due au micro-BNC, et le registre des versements aussi : il servira le jour où ces sats seront revendus.
Cas 3 : un bloc trouvé en solo
Votre Bitaxe trouve un bloc sur Solo CKPool. La récompense moyenne tourne autour de 3,148 BTC (3,125 BTC de subvention et environ 0,023 BTC de frais), soit environ 234 000 €. CKPool prélève 2 %, il vous reste environ 3,085 BTC, à peu près 229 000 € au cours du jour.
Lecture « réception ». Les 229 000 € sont une recette BNC de l’année du bloc, même sans rien vendre. Au micro-BNC, s’il reste applicable, 229 000 × 66 % = environ 151 100 € s’ajoutent au revenu imposable, taxés au barème progressif (tranche marginale de 45 % à ce niveau), plus les prélèvements sociaux. Au régime réel, les charges d’un home miner (une trentaine d’euros d’électricité, l’amortissement d’une machine à 121 €) laissent un résultat proche de 229 000 €. L’abattement de 34 % vaut environ 77 900 €, bien plus que les charges réelles, mais la recette dépasse de loin le plafond du micro-BNC (77 700 € pour 2023-2025). Un dépassement ponctuel ne fait pas forcément perdre le régime l’année même ; son application à des BNC non professionnels issus d’un bloc unique est une question à poser à un fiscaliste avant de déclarer.
Le piège est la trésorerie : l’impôt porte sur la valeur au jour du bloc. Si le cours chute ensuite de moitié, comme entre octobre 2025 (environ 106 000 €) et juillet 2026 (environ 51 000 €), l’impôt, lui, ne baisse pas.
Lecture « conversion ». Rien n’est imposé le jour du bloc. Chaque vente devient une recette BNC pour son montant total, puisque la valeur d’acquisition est nulle. Vendre 1 BTC à 74 340 € crée 74 340 € de recettes l’année de la vente ; les 2,085 BTC conservés ne sont imposés qu’une fois vendus. L’impôt suit le rythme des ventes et porte sur la valeur réellement encaissée.
Aucun texte officiel consulté ne tranche entre les deux, et l’écart se chiffre en dizaines de milliers d’euros. À ce niveau, une demande de rescrit fiscal (une prise de position écrite de l’administration sur votre cas) ou un rendez-vous avec un avocat fiscaliste se justifie largement.
Cas 4 : revendre une partie après avoir été imposé
Reprenons le cas 3 en lecture « réception » : 3,085 BTC déclarés pour 229 000 €, soit environ 74 340 € par BTC. Six mois plus tard, le cours est à 90 000 € et vous vendez 1 BTC. Pour ne pas imposer deux fois la même somme, seul l’écart depuis la réception devrait être taxé. En appliquant la formule de la 2086 avec la valeur déjà imposée comme prix d’acquisition :
- Valeur du portefeuille au moment de la vente : 3,085 × 90 000 = 277 650 €
- Fraction du prix d’acquisition affectée à la vente : 229 000 × 90 000 / 277 650 = environ 74 230 €
- Plus-value : 90 000 − 74 230 = environ 15 770 €, à reporter en case 3AN
- Impôt au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : environ 4 950 €
Ce calcul reste une hypothèse de travail : les textes consultés ne disent pas explicitement que la valeur imposée en BNC sert de prix d’acquisition sur la 2086. Il donne l’ordre de grandeur de ce qui se joue, pas une méthode validée.
Les erreurs fréquentes
« Recevoir des BTC minés n’est jamais imposable. » Le BOFiP classe les produits du minage en BNC ; l’imposition dès la réception est au minimum une lecture sérieuse, et la plus prudente.
« Les BTC minés sont taxés à la flat tax de 30 % à la revente. » Double erreur. Le prélèvement forfaitaire est de 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), et le minage relève des BNC, pas du régime des plus-values des particuliers. Taxer 1 BTC miné vendu 74 340 € à 31,4 %, soit environ 23 340 €, ne correspond pas à ce qu’écrit l’administration. L’écart joue dans les deux sens : pour un foyer dans la tranche à 45 %, le barème des BNC coûte plus cher que le taux forfaitaire.
« Un gros mineur passe en BIC. » Pour le minage, le BOFiP parle de BNC. Le BIC vise l’achat-revente d’actifs numériques exercé à titre professionnel.
« Le minage est imposé depuis la loi de finances 2019 (ou 2022). » La qualification BNC vient d’une décision du Conseil d’État du 26 avril 2018. La loi de finances 2019 a créé le régime des cessions des particuliers ; celle de 2022 vise l’achat-revente habituel.
« Moins de 305 € de plus-value, c’est exonéré. » Le seuil de 305 € porte sur le total des prix de cession de l’année, pas sur la plus-value. Vendre pour 400 € de BTC achetés 390 € n’est pas exonéré.
Ne rien noter. Sans justificatif, des actifs numériques cédés sont réputés acquis pour une valeur nulle (BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-20, § 90). Dans le cas 4, perdre la trace de la valeur de réception, c’est risquer d’être taxé sur 90 000 € au lieu d’environ 15 800 €.
Le dossier à conserver
Le délai de reprise de l’administration est en principe de trois ans. Gardez les pièces au moins aussi longtemps, et tant que vous détenez les BTC concernés, puisqu’elles serviront à calculer les ventes futures :
- le registre des réceptions et ses sources de cours ;
- les exports d’historique du pool et les txid des réceptions ;
- les relevés de la plateforme pour chaque vente ;
- au régime réel : factures du matériel, factures d’électricité et relevés de consommation mesurés au wattmètre.
Si vous trouvez un jour un bloc, reprenez aussi le guide que faire si vous trouvez un bloc : la partie fiscale n’est qu’une des choses à régler, et avec plus de 200 000 € en jeu, un rendez-vous avec un fiscaliste avant la première vente est une dépense raisonnable.
Je mine depuis un an sans avoir rien reçu. Dois-je déclarer quelque chose ?
Non au titre du minage : sans BTC reçu, il n’y a pas de recette. Seul le 3916-bis peut vous concerner si vous avez un compte sur une plateforme étrangère.
J’ai reçu moins de 305 € de sats de pool dans l’année. Faut-il les déclarer ?
Oui, en case 5KU au micro-BNC. Avec l’abattement minimum de 305 €, le montant imposable tombe à zéro, mais la déclaration reste due. Ne confondez pas avec le seuil de 305 € des cessions, qui porte sur le total des ventes de l’année.
Puis-je déduire l’électricité de mon mineur ?
Seulement au régime de la déclaration contrôlée, sur justificatifs. Au micro-BNC, l’abattement de 34 % est censé couvrir toutes les charges. Pour une Bitaxe Gamma, l’enjeu est d’environ 26 à 32 € d’électricité par an au tarif Base actuel.
Guide informatif à jour au 29 septembre 2026, qui ne remplace pas un conseil fiscal personnalisé. Les numéros de cases peuvent changer d’une campagne à l’autre.



