Solo mining ou pool : comment décider selon son hashrate

Même espérance, variance opposée. Chances en solo, sats gagnés en pool et coût électrique machine par machine, de la Bitaxe à l’Antminer, pour décider selon votre hashrate avec les chiffres de septembre 2026.

Solo mining ou pool : la réponse tient presque entièrement dans un chiffre, votre hashrate. En moyenne, les deux modes rapportent la même chose, frais du pool mis à part. Ce qui les sépare, c’est la variance : un pool vous verse un peu, souvent, et le solo vous verse tout, presque jamais. Pour décider, il faut donc regarder ce que « presque jamais » veut dire pour votre machine. Tous les chiffres ci-dessous sont calculés avec la difficulté du 29 septembre 2026 (environ 133 T, soit un réseau autour de 950 EH/s), une récompense moyenne de 3,148 BTC par bloc et un bitcoin à environ 74 000 €.

Même espérance, variance opposée

Votre part des blocs futurs est égale à votre part du hashrate du réseau. En pool, cette part vous est versée en petits morceaux, moins les frais. En solo, vous la jouez d’un coup : chaque bloc est un tirage indépendant, et vous gagnez le bloc entier ou rien. Sur un temps infini, les deux convergent. Sur la durée de vie d’un mineur, jamais.

Solo vs pool mining : ce qui change techniquement

En solo comme en pool, votre mineur fait exactement le même travail : il reçoit un modèle de bloc via le protocole Stratum, fait varier un nonce et calcule des hashs SHA-256 à la chaîne. La différence tient à trois détails : qui construit le bloc, à quoi servent les shares que vous envoyez, et quelle adresse la transaction coinbase paie.

Pour gagner un bloc, il faut un hash sous la cible du réseau, soit une difficulté d’environ 133 T. C’est trop rare pour que le pool s’en serve pour vérifier que votre machine travaille. Il fixe donc une cible beaucoup plus facile : chaque hash qui la franchit est une share, la preuve que vous cherchez vraiment. Sur Solo CKPool, la difficulté minimale des shares est de 10 000 : une share sur environ 13 milliards serait aussi un bloc valide. Le champ « meilleure difficulté » d’AxeOS vous dit jusqu’où vous êtes allé ; tant qu’il reste sous 133 T, pas de bloc.

En pool mutualisé, les shares font votre paie

La coinbase de chaque bloc paie le pool, ou directement ses mineurs dans les pools non-custodiaux. Vos shares mesurent votre contribution, et la méthode de rémunération les transforme en satoshis :

  • PPS et FPPS (Pay Per Share, Full Pay Per Share) : le pool paie un montant fixe par share, que ses blocs arrivent ou non. Il absorbe la variance à votre place et se rémunère par des frais plus élevés. En FPPS, une estimation des frais de transaction s’ajoute à la subvention.
  • PPLNS (Pay Per Last N Shares) : quand le pool trouve un bloc, la récompense est répartie entre les N dernières shares soumises. Vous ne touchez que si le pool trouve des blocs, une part de la variance vous revient.
  • TIDES, la variante d’OCEAN : la récompense est répartie sur une fenêtre équivalant à 8 blocs de travail, et versée directement dans la coinbase des blocs du pool au-delà de 1 048 576 sats (ou par Lightning en dessous). Le pool ne détient jamais vos gains.

Dans un pool custodial classique, vos gains s’accumulent sur un compte chez l’opérateur jusqu’à un seuil de retrait. Vous faites confiance au pool pour vous payer.

En solo, les shares ne servent qu’au tableau de bord

Un pool solo ne partage rien. Il construit un bloc candidat dont la transaction coinbase paie votre propre adresse, celle que vous avez saisie comme identifiant. Si l’un de vos hashs franchit la cible du réseau, le pool soumet le bloc et la récompense arrive sur votre adresse, utilisable après 100 confirmations, soit environ 17 heures. Il n’y a ni compte ni solde à retirer.

Vos shares, elles, ne donnent droit à rien. Con Kolivas l’écrit sur la page de Solo CKPool : les shares y sont « cosmétiques », elles montrent seulement que la machine tourne. Baisser leur difficulté n’augmente pas vos chances. Les frais du pool solo sont prélevés dans la même coinbase, sous forme d’une seconde sortie : si vous ne trouvez pas de bloc, vous ne payez rien.

Comment miner du bitcoin en solo, concrètement

Un nœud Bitcoin Core ne parle pas Stratum : on ne peut pas y brancher une Bitaxe directement. Le plus simple est donc de passer par un pool solo : dans AxeOS ou le firmware de votre machine, vous saisissez l’adresse Stratum du pool et votre adresse Bitcoin comme identifiant. Le pool fournit des nœuds rapides et bien connectés pour recevoir les nouveaux blocs et propager le vôtre sans délai.

Pour vous passer de tout intermédiaire, il faut faire tourner votre propre nœud et un serveur Stratum à côté : Public Pool auto-hébergé (disponible sur Umbrel ou Start9), le logiciel ckpool, ou la passerelle DATUM d’OCEAN. C’est la seule configuration où c’est vous qui choisissez les transactions du bloc. Elle demande une machine capable de valider les blocs rapidement et une connexion stable.

Les chiffres par machine

MachineHashrateSolo : chance par jourSolo : chance sur 5 ansPool : gain moyen (brut)Électricité par an
NerdMiner V2≈ 50 kH/s1 sur 130 000 milliards≈ 0≈ 0≈ 2 € (1 W)
Bitaxe Gamma1,2 TH/s1 sur 5,5 millions0,03 %≈ 57 sats/jour, ≈ 15 €/an≈ 30 € (17 W)
NerdQAxe++4,8 TH/s1 sur 1,4 million0,13 %≈ 230 sats/jour, ≈ 62 €/an≈ 140 € (80 W)
Avalon Nano 3S6 TH/s1 sur 1,1 million0,17 %≈ 290 sats/jour, ≈ 78 €/an≈ 245 € (140 W)
NerdOctaxe9,6 TH/s1 sur 690 0000,27 %≈ 460 sats/jour, ≈ 124 €/an≈ 280 € (160 W)
Antminer S21 Pro234 TH/s1 sur 28 0006,3 %≈ 11 000 sats/jour, ≈ 3 000 €/an≈ 6 100 € (3 500 W)

Électricité au tarif Bleu EDF Base (0,2001 €/kWh depuis le 1er août 2026), en continu, hors abonnement. Gains en pool avant frais, au cours du 29 septembre 2026. Ces chiffres bougent avec la difficulté et le prix : refaites le calcul pour votre cas avec notre méthode pour calculer ses chances réelles.

La dernière colonne règle une idée reçue : au tarif résidentiel français, aucune de ces machines ne couvre son électricité en pool. Pas même l’Antminer S21 Pro, qui rapporterait environ 3 000 € par an pour plus de 6 000 € de courant. Le pool ne rend pas le home mining rentable, il rend la perte régulière et prévisible. En solo, la perte moyenne est la même, avec un gros lot possible au bout.

À partir de quel hashrate le solo devient raisonnable

Retournons la question. Pour trouver en moyenne un bloc par an, il faut environ 18 PH/s, soit 15 000 Bitaxe Gamma. Pour avoir une chance sur deux d’en trouver au moins un dans l’année, il faut environ 12,5 PH/s. Aucun particulier n’est dans cette zone : à l’échelle d’un foyer, le solo reste une loterie quel que soit le nombre de machines.

Multiplier les machines ne change pas la nature du jeu. Passer d’une Bitaxe à un NerdQAxe++ multiplie vos chances par quatre, de 0,03 % à 0,13 % sur cinq ans, et votre facture par près de cinq. Le temps moyen avant un bloc passe d’environ 15 000 ans à environ 3 800 ans. Et ce temps moyen n’est pas un délai : le processus est sans mémoire, cinq ans de minage ne vous rapprochent pas du bloc.

Le piège du pool avec un petit hashrate

Le pool semble la voie « raisonnable » pour une Bitaxe. En pratique, 57 sats par jour se heurtent aux seuils de paiement. Sur OCEAN, pool non-custodial à 2 % de frais, le versement on-chain se déclenche à 1 048 576 sats : une Bitaxe Gamma mettrait une cinquantaine d’années à l’atteindre, un NerdQAxe++ près de treize ans. Il faut passer par Lightning pour toucher ses gains. Les pools classiques ont leurs propres seuils et frais de retrait, à vérifier avant de brancher une petite machine.

Le pool garde un intérêt réel : voir des sats arriver, mesurer son coût par satoshi, comprendre comment le travail est rémunéré. C’est pédagogique, pas lucratif.

La grille de décision

  • Moins de 100 GH/s (NerdMiner, microcontrôleurs) : ni l’un ni l’autre n’a de sens financier. En solo, le temps moyen se compte en centaines de milliards d’années ; en pool, les gains sont nuls. Solo CKPool déconseille lui-même ce niveau de hashrate. Minez pour apprendre.
  • De 1 à 10 TH/s (Bitaxe, NerdQAxe++, Avalon Nano, NerdOctaxe) : le solo, si vous acceptez de payer 30 à 280 € d’électricité par an pour un ticket de loterie. Le pool, si vous voulez voir tomber quelques dizaines ou centaines de sats par jour, via Lightning. Dans les deux cas, l’espérance est inférieure au coût du courant.
  • Au-delà de 100 TH/s (ASIC industriels) : le pool, sans hésiter, si vous cherchez un revenu. Mais au tarif EDF résidentiel, même un ASIC récent perd de l’argent. Le minage « à revenu » suppose une électricité bien moins chère que 0,20 €/kWh.

Si vous choisissez le solo, le choix du service compte peu pour vos chances mais beaucoup pour les frais sur un bloc trouvé : de 0 % à 2 % selon le pool, comparés dans notre panorama des pools solo en 2026.

Louer du hashrate pour un tirage ponctuel

Une troisième voie existe pour ceux qui veulent jouer plus gros sans acheter de machine : la location. Chez Power Mining, 100 TH/s pendant 24 heures coûtent environ 6,50 € hors taxes et donnent 1 chance sur 66 000 de trouver un bloc, versé directement sur votre adresse. L’espérance de ce ticket est d’environ 3,50 € : vous perdez en moyenne, comme au loto, et rien n’est remboursé sans bloc. L’avantage par rapport à une machine : pas de courant, pas de bruit, une dépense connue d’avance. Le calcul complet, location contre achat, est dans notre article dédié.

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Côté impôts, la forme du gain change tout

En France, les produits du minage sont susceptibles de relever des bénéfices non commerciaux. En pool, cela veut dire une multitude de petites recettes à valoriser et suivre dans l’année. En solo, rien pendant des années, puis éventuellement un bloc entier d’un coup, avec les questions que ça pose. Dans les deux cas, tenez un journal : date, quantité reçue, valeur en euros à la réception, consommation mesurée. Les règles et leurs zones grises sont détaillées dans notre guide de la fiscalité du minage en France.

Questions fréquentes

Le pool rapporte-t-il plus que le solo ?

En moyenne, non : les deux modes ont la même espérance, le pool retirant ses frais. Le pool rapporte plus régulièrement, le solo rapporte presque toujours zéro et exceptionnellement un bloc entier.

Combien de Bitaxe faut-il pour trouver un bloc par an ?

Environ 15 000 Bitaxe Gamma à 1,2 TH/s, soit 18 PH/s, pour un bloc par an en moyenne avec la difficulté de fin septembre 2026. Avec une seule, le temps moyen est d’environ 15 000 ans.

Une Bitaxe en pool couvre-t-elle son électricité ?

Non. Elle gagne environ 15 € par an avant frais pour environ 30 € d’électricité au tarif Bleu EDF. Le pool rend la perte régulière, il ne la supprime pas.

Un pool solo partage-t-il les récompenses ?

Non. La coinbase du bloc que vous trouvez paie votre adresse. Le pool ne prélève que ses frais, dans cette même coinbase. Les blocs trouvés par les autres mineurs du service ne vous rapportent rien, et les vôtres ne leur rapportent rien.

Peut-on faire du solo et du pool en même temps ?

Oui, avec plusieurs machines : chacune se connecte à un seul pool à la fois. Beaucoup de firmwares, dont AxeOS, permettent aussi de définir un pool de secours, utilisé seulement si le principal ne répond plus.

Le solo mining aide-t-il la décentralisation de Bitcoin ?

Un peu, surtout si c’est vous qui construisez le bloc. Avec un pool solo, c’est encore le pool qui choisit les transactions. Avec votre propre nœud (Public Pool auto-hébergé, DATUM), le choix vous revient. À l’échelle du réseau, l’effet d’un home miner reste minime, mais il n’est pas nul.

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